Photographies

Photographies de Mathilde de l’Ecotais

Suis-je une photographe culinaire lorsque je tresse ensemble deux tirages photographiques d’écailles noires ? Disait-on d’Arcimboldo qu’il était peintre culinaire?

Ma palette de couleur est faite des ingrédients du quotidien : jaune citron, orange mandarine, noir encre de seiche.
La Nature m’inspire, ce qu’elle produit me fascine. j’aime créer des univers singuliers, qui marquent la mémoire.

Voir Mathilde de l'Ecotais travailler pour le sapin de Noel des Createurs

EGOLOGIE ou Si je me fais du bien, je fais du bien à la planète.
Après le tout standardisé, nous irons vers la singularité dans le respect des hommes, des lieux et des produits que nous donne la Terre. Nous créerons des endroits uniques générateurs de mémoire positive où le corps et l’esprit resterons en éveil. Nous mangerons de bons produits, nous créerons de beaux endroits et nous protègerons par ce biais nos artisans et nos agriculteurs. L’Egologie, c’est le terme que j’ai inventé pour définir ce futur : si je me fais du bien (en mangeant bien, en me déplaçant à la force de mes jambes, en regardant de jolies choses) je fais du bien à la planète ! Le beau sera bon et s’inscrira dans la dynamique de la vie et non dans l’avidité humaine ! Plus d’accumulation mais une singulière sobriété dans la consommation, la production, la création ! Je rêve que nos parkings deviennent des galeries d’art, que nos hypermarchés deviennent des marchés de petits producteurs et que le vélo soit le moyen de transport urbain.
2015 – Ventre à terre
Mathilde de l’Ecotais a ajusté la focale de son boîtier. De l’infiniment grand à l’infiniment petit. Un voyage photographique pour mettre à bien – ou à mal – nos cinq sens. Nous inciter à regarder et ressentir différemment cette Terre nourricière.
Depuis là-haut d’abord, de cet espace encore si mystérieux dans lequel nous puisons nos rêves sponsorisés par la Nasa, la planète n’est plus bleue comme une orange. Mais plutôt teintée de rouge à l’image de ce saucisson qui dessine les Ameriques. Comme si la facture du désordre écologique était d’ores et déjà salée. Des bouts de plastiques en relief s’invitant dans l’océan narguent le regard, provoquent cette envie irrésistible d’arracher ces éléments pour faire place nette. Retrouver un équilibre. Eviter le chaos dans lequel ce « Ventre à Terre » nous entraîne.
Changement d’altitude. Le regard de Mathilde de l’Ecotais se rapproche de cette terre. La poésie des œuvres de Sonia Delaunay s’invite dans son atmosphère. Des formes géométriques pour contrer une nouvelle fois ce chaos illustré par la dichotomie des ingrédients. La malbouffe contre le goût. Tomate / pizza, pop-corn / maïs, fruits acidulés / bonbons acides. Une explosion de couleurs aux allures de boubous africains. Une façon de rappeler que ce qui vient d’ailleurs est une richesse contre la mondialisation de nos assiettes standardisant notre alimentation.
Dans l’infiniment petit, la pomme de terre s’affiche sur une énième photo. La rondeur du légume s’efface. Il est l’ingrédient indispensable, celui qui nourrit, qui se transforme. Un souvenir d’enfance quand il s’agit de purée ou de frites. L’objet témoin de la surconsommation sous forme de chips. Le symbole du gâchis alimentaire à travers ses pelures.
Dans nos ventres se mêlent alors ce que nous ingurgitons comme matière première. Pendant que notre cerveau tente de lutter contre un marketing envahissant symbolisé par ces publicités des années 70 qui viennent alourdir l’estomac de cette femme-mannequin. Barres chocolatées, conserves transformées, boissons bullées… Les slogans résonnent comme autant de madeleines de ces années glorieuses. La fin d’une période (presque) heureuse annonciatrice du chaos ?
Eva Roque
2013 – Série Noire
Yakushima, extrême sud du Japon, latitude 30°23’N, longitude 130°40’E : pleine canicule sur cette petite île, le soleil haut fouette la laque noire de ce vieux séchoir à poissons. Les angles de la bâtisse se déchirent sur les vagues rondes du Pacifique en contre-jour. Le noir développe ses matières, ses ombres et ses lumières. Mat ou Brillant, Yves Saint Laurent a raison : « il n’existe pas un noir mais des noirs ». Pour « Série Noire », je tresse, je croise, je superpose les émulsions. Résultat : Les brillants forment des ondes chevauchent les mats, les tirages contraints épousent les volumes provoqués par les tensions des mouvements, 9 œuvres photographiques qui claquent comme des sculptures en plein soleil.
2012 – Entre Terre et Mer – Cyanure et tomates fraîches
Après «La CriEAUsphère » et «l’Essentiel», Mathilde de l’Ecotais investit aujourd’hui deux techniques photographiques anciennes. Le photogramme*, une photographie réalisée sans négatif, et le cyanotype**, une image photographique réalisée à partir d’une solution au cyanure enduite au pinceau sur le papier.
Attirée par la beauté du bleu de Prusse caractéristique du cyanotype autant quepar la magie de l’empreinte du photogramme, Mathilde de l’Ecotais s’est « mise en cuisine», renouant ainsi avec la pratique expérimentale des inventeurs de la photographie. Son objectif : retrouver une certainetradition – tant technique que gustative – en l’incorporant à la modernité : celle de l’image numérique, mise au service de préoccupations de notre époque.
Où sont passées les bonnes tomates d’antan ? Dans le cyanure… Nos sardines fraîches ? Noyées dans la chimie des eaux polluées… Le caractère précieux de ces tirages uniquesnous rappelle que notre planète est fragile, et qu’il faut en prendre soin, car elle nous nourrit.
*photogramme (n,m) : photographie réalisée sans négatif, donc une épreuve unique : l’artiste pose des objets sur le papier sensible, l’insole, et l’empreinte des objets apparaît en négatif sur le papier. Cette technique apparaît en 1834, avec William Henry Fox Talbot qui réalise alors ce qu’il appelle des « dessins photogéniques » en posant des objets plats (dentelle, herbe, fleur, feuillage) directement sur le papier sensible.
**cyanotype (n,m): image photographique réalisée à partir d’une solution au cyanure et aux sels de fer enduite au pinceau sur le papier. Les fameux exemples d’Anna Atkins (années 1840-­‐1850) sont réalisés également à partir d’éléments botaniques (algues et fleurs).
2011 – L’essentiel
« L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant » disait René Char. Pour moi, la terre est propulsée par trois moteurs incontrôlés: la technique, la mondialisation, l’occidentalisation. C’est comme une pieuvre en mouvement, dont les tentacules nous enserrent, qui provoque la dégradation de la biosphère.
La juxtaposition du même motif en relief sur des tirages lisses retranscrit cette impression : les choses paraissent autonomes mais sont en réalité dépendantes les unes des autres. Jusqu’où l’industrialisation – ici le métal – transformera-t-elle les matières premières, les cultures traditionnelles, les habitudes alimentaires ? L’industrie agro-alimentaire obéit aux critères de profit, de compétitivité et de productivité, oubliant malheureusement l’essentiel : le déséquilibre énorme entre la surconsommation des uns et la sous-alimentation des autres
Mathilde de l’Ecotais

Voir le témoignage de Jean Paul Jouary

2009 – EDO
Il y a les autres… Et elle. Là où le photographe culinaire traditionnel met en scène le plat figé pour l’éternité dans son apprêt compassé, Mathilde de l’Ecotais voit, avec son objectif et surtout son esprit, au plus profond de la matière pour en extraire toute la subtile et voluptueuse poésie. Ses photos sont aussi créatives que les mets qu’elle saisit, à l’instant de leur acmé.
Ses clichés invitent le spectateur à un voyage infini, sans limites, entre la structure et la déstructure. Dompté par son regard, le plus banal des légumes, devient ns oeuvre d’art abstrait. Des natures mortes terriblement vivantes, que l’on regarde, d’abord interloqué, puis emporté par le tourbillon des formes et des couleurs où l’imaginaire leur invente une identité.
Sous son coup d’oeil, on touche du doigt la légèreté d’un nuage de lait, le vaporeux d’un voile de yuba, la fragile transparence d’un caviar. Elle nous montre, de l’intérieur, le respect sans faille que nous devons avoir pour la nature d’avoir créé des mondes où les infinis se rejoignent. C’est la vie, en permanence, qui ressort de ses clichés apparemment artificiels, alors qu’elle vous dira, au contraire, qu’elle ne triche jamais, ni ne retouche les couleurs saisies dans leur perfection du moment, dans cette lumière exactement étudiée pour les mettre en valeur. Cette lumière sur les matières est devenue sa signature inimitable.
Mathilde de l’Ecotais nous offre la vision d’un monde qu’elle a choisi de réinventer à l’infini dans cet univers si trivial du « produit alimentaire », qui offre le paradoxe d’être accessible à tous dans son approche quotidienne et de ne révéler sa nature secrète et intime qu’à travers l’oeil unique d’une artiste unique. Oui, vraiment, il y a elle… Et les autres.
Thierry Marx
2008 – Petits infinis
L’oeil est noir, vif, ombré.
Si rare.
Si particulier.
Il voit comme personne ne voit.
Il donne à voir ce que chacun voudra.
Il transcende la matière.
Sublime la lumière.
Croit-on qu’il capte de l’or en fusion,
il saisit des oeufs de saumon.
Pense-t-on à des flots d’encre,
à des voiles orientaux,
à des vitraux délicats,
à de lourds velours,
à d’aériennes dentelles,
il dévoile la chair de l’aubergine,
cisèle la tendresse du concombre,
pénètre la fibre du navet,
étire celle de la carotte,
révèle l’intimité de la figue,
les replis du poireau.
Et là, des éventails ? Des étoffes plissées ? Des coups de pinceaux ?
Non, des nageoires de fogu.
Des ailes, comme elle dit.
Que croire ?
L’oeil de Mathilde ? Le nôtre ?
Le jeu commence.
Catherine Roig