Témoignage Odile Bouhier - Mathilde de l’Ecotais, Designer, Directrice Artistique

Témoignage Odile Bouhier

Odile Bouhier, témoignage à Mathilde de l'Ecotais

Odile Bouhier, témoignage à Mathilde de l’Ecotais

« Autodidacte, Mathilde de l’Ecotais ne craint pas de réviser les valeurs imposées. Avec cette artiste, quelque chose bouge dans l’air, les énergies se libèrent. L’œil perçant, le regard de braise, lorsqu’elle immortalise les gangs de Los Angeles, le quotidien des papous d’Indonésie, l’architecture des Pierre Puget à Marseille, elle fait le point sans peur. Cette femme ne fait rien pour plaire, elle n’a rien à perdre : aimer, filmer, photographier, monter des images et des sons, faire des photos tant que les images auront besoin de sortir dans le regard des autres.
En 2001, sa rencontre avec Alain Ducasse provoque un tournant fondamental dans son travail, il est temps d’essayer d’y voir plus loin que ce que les yeux voient, un peu plus sensiblement, derrière et autour : « pour moi un œuf de saumon ressemble à une planète, ce que produit la terre ressemble à la terre. » Dans son travail sur l’Art culinaire, Mathilde de l’Ecotais ne craint pas d’assumer sa singularité, aller au bout. Alors elle part à l’envers, sort la cuisine de la cuisine. Sa littérature, ce sont ses photos, ses impressions, de temps en temps des histoires, une sorte de fleuve. Parce que c’est comme ça qu’elle vit, qu’elle ressent les choses. Il faut que ça sorte.
Avec cette exposition, sa démarche ne change pas : Mathilde de l’Ecotais va encore plus loin, sa recherche se précise. Elle porte en elle longtemps cette « Série noire » avant de l’accomplir. Elle réfléchit à la calcinération des choses, « mais moi je suis vers la vie… Il me fallait le temps de trouver les matières qui me parlent pour exprimer ce que je cherchais. » La forme et le fond, toujours et toujours. Le choix de la vie et des lumières dorées pour éclairer les utopies. Le noir sans blanc a plusieurs sens : l’absence de couleurs, la nostalgie ou au contraire un présent très moderne.
Magie de l’artiste dont la singularité s’affirme avec cette « Série noire ». C’est un film impressionniste, avec des zones d’ombre et des zones de lumière. Un nouveau départ. Une rupture dans son parcours. Ici, elle parvient à mettre en lumière tous ces noirs mats et brillants qui coexistent et signent. Il faut du cran pour se jeter dans l’atmosphère, aller jusqu’au bout d’un jeu qui n’a pas de règles pour paraître simple. Inventer sans cesse pour sonner juste, avoir l’insolence de l’instinct. Tant qu’elle aura droit à la parole et à l’image, Mathilde de l’Ecotais se battra comme une chienne : « J’aime cette idée de rester sans cesse en mouvement. Ne pas s’installer. Se lancer à l’assaut, se renouveler. » Elle a raison, la création doit être subversive, nous sommes les acrobates d’un grand cirque, des poussières dans le torrent. Nous ne pouvons vivre autrement que sur la corde raide, sans filet. Mathilde, ce qu’elle veut, c’est jongler avec sa peau. De toutes ses forces. Là où c’est curieux, c’est la façon dont se jouent les choses : il ne faut pas avoir peur de courir. Mathilde de l’Ecotais n’a pas peur : le studio, la photo, shoot, shoot. One shot. Toujours la même et toujours différente. »
Odile Bouhier

Odile Bouhier, scénariste, vit à Paris. Après « Le sang des bistanclaques », révélation polar 2011, elle a publié « De mal à personne », deuxième enquête du commissaire Kolvair et du professeur Salacan, initiateurs de la police scientifique.