Témoignage de Jose Alain Fralon

Jose Alain Fralon à Mathilde de l'Ecotais

Jose Alain Fralon à Mathilde de l’Ecotais

Mathilde de l’Ecotais veut d’abord serrer la matière au plus près. Sans concession. Non pas pour humilier la nature mais pour la transcender. Disséquer une carotte, un concombre ou la coque d’une crevette, spécialement ramenée du Japon pour sa transparence particulière, afin de permettre à l’objectif de son (Leica) d’en pénétrer les secrets les plus profonds, d’en trouver les lignes de vie. « La vie m’intéresse, pas la pourriture » explique-t-elle.
Et puis le cutter se fait pinceau, la pièce est restructurée. « La réalité, sans l’énergie disloquante de la poésie, qu’est-ce ? » demandait René Char. Mathilde éclaire ses compositions, les enrobe, les transfigure, les décortique selon son imaginaire. Elle choisit. Un simple grain de raisin écrasé témoignera du temps qui passe. Pour donner au fond de ses photos une consistance, mouvante et éphémère, comme un vide intersidéral, Mathilde pourra enfin travailler longtemps avec ses doigts une traînée d’huile d’olive ou une préparation de citron.
Alors, le miracle s’accomplit. Dans un scintillement de lumière, le pépin se voit en planète, l’oignon en constellation blonde, l’œuf de saumon en fœtus doré. Entre le commencement et la fin du monde.

José Alain Fralon journaliste. Après avoir été correspondant à Bruxelles, de1985 à 1991, il est nommé directeur en chef-adjoint au Monde.